mercredi 24 avril 2013

En Grèce, on a tiré à balles réelles sur des travailleurs qui réclamaient le paiement de leurs salaires ( cercle des volontaires)

En Grèce, on a tiré à balles réelles sur des travailleurs qui réclamaient le paiement de leurs salaires

 
Les faits que nous relayons ici se sont produits le 17 avril 2013 à Manolada, une ville de l’est de la Grèce, un peu connue des touristes, et surtout connue des négociants de fraises. Les propriétaires y emploient des travailleurs immigrés à travailler dans des serres ou en plein air. Ils emploient également des hommes de main pour « maintenir l’ordre », notamment quand les salaires ne sont pas versés correctement. Nous sommes au XXIème siècle, en Europe ; mais les faits rappellent d’autres époques ou d’autres continents. Voici un article publié dans les Dossiers du BIP n°152.

Des hommes de main des grands propriétaires agricoles de Manolada, ont tiré et blessé des ouvriers !
Des hommes de main des grands propriétaires fonciers – des capitalistes de la production de fraises – de Manolada, ont tiré une grêle de balles sur des ouvriers agricoles miséreux ! Quelque 200 ouvriers originaires du Bangladesh, après la fin de leur travail dans les serres, vers 18 heures, sont allés aux bureaux de la société pour réclamer leurs arriérés de plusieurs mois de salaire. Là, les surveillants – hommes de main des patrons prirent des carabines et tirèrent de sang froid, blessant plus de 35 ouvriers, dont 11 sérieusement. Les blessés ont été évacués vers le Centre de santé de Varda, à l’hôpital de Pyrgos et à l’hôpital de Rio.
Le déroulement des faits : Les travailleurs migrants travaillaient depuis 6 heures du matin. Quand ils eurent fini ils se rendirent aux bureaux de l’entreprise pour réclamer leurs arriérés. Là ils ont été confrontés à trois surveillants employés d’un grand propriétaire foncier – grand exportateur de la région. Quand ils ont compris que les surveillants n’étaient pas disposés à satisfaire leurs réclamations, ils ont protesté vivement. Alors les sbires, comme affirment des témoins oculaires, sont allés à leur voiture. Deux d’entre eux ont pris des carabines. Le troisième a pris un revolver et commencé à tirer en l’air. Entretemps les deux premiers ont armé leurs carabines et commencé à tirer dans le tas. S’en est suivi le chaos. La pluie de balles a touché 33 ouvriers qui sont tombés ensanglantés au sol, tandis que les autres fuyaient vers les champs pour échapper aux balles meurtrières. Les balles et les chevrotines avaient touché les ouvriers à la tête, aux yeux, au cou, à la poitrine, et atteint plusieurs organes vitaux.
Les auteurs, avec l’aide de deux chauffeurs, ont disparu. Ils sont recherchés par la police. Un peu plus tard le propriétaire foncier a été arrêté. Selon des informations, un des agresseurs avait en 2009 attaché deux ouvriers agricoles immigrés derrière son scooter et les avait trainé dans les rues de Manolada sur la simple présomption qu’ils avaient volé quelques moutons.
Un peu plus tard sont arrivés sur les lieux 10 ambulances. Les ouvriers blessés ont été évacués vers le Centre de santé et les hôpitaux. Comme l’a déclaré le directeur adjoint du Centre de santé, Nikos Chountras, aux actualités de la chaine NET, cette scène choquante, avec des dizaines de blessés ensanglantés, ressemble à un incident de front de guerre.
Dans sa communication, le secrétariat exécutif du groupe intersyndical PAME, a entre autres, souligné : « Les ouvriers migrants à Manolada qui subissent au quotidien, hormis le terrorisme de l’Etat et des patrons, le fait de travailler sans aucune protection et sans assurance, dans des conditions de vie difficiles, sans le moindre moyen d’hygiène, sans soins médicaux ni médicaments, ont aujourd’hui subi un attaque meurtrière avec des armes à feu par les sbires du patronat avec comme conséquence l’hospitalisation de dizaines d’entre eux »
« La serre » aurifère de la bestialité
L’orgie d’exploitation impitoyable et de terrorisme brutal des grands propriétaires terriens et grands exportateurs de fraises de la région de Manolada, est arrivée hier après-midi à s’en prendre à la vie des ouvriers migrants ; elle a pris forme dans sa manière la plus odieuse.
L’événement d’hier n’est pas isolé, ni accidentel. Dans la région règnent des lois d’airain imposées par les grands propriétaires de la culture de la fraise avec la complicité tacite des pouvoirs locaux et de l’état.
Les ouvriers migrants, avec des salaires journaliers de 25 euros, de soleil en soleil, travaillent comme des serfs, vivent dans des abris misérables de nylon au fond des champs, pour lesquels ils doivent encore payer un loyer. Il y a des cas documentés et des témoignages de travailleurs agricoles migrants eux-mêmes, expliquant que s’ils relâchaient un peu la cadence du travail, ils étaient battus et menacés avec des armes, et que l’on tirait en l’air pour les intimider.
De la part des grands propriétaires de la culture des fraises et de leurs sbires, la tactique d’intimidation et de violence, est une seconde nature.
En effet, en avril 2008 ils n’ont pas hésité de faire des raids nocturnes contre les maisons de centaines de travailleurs migrants, – en grève pour de meilleurs salaires – avec des pistolets, des carabines, des battes, des barres de fer, les battant et les menaçant de les tuer s’ils n’arrêtaient pas la grève.
Quelques heures plus tôt un groupe de sbires des grands propriétaires avait attaqué des cadres Parti communiste de Grèce (PCG) et des syndicalistes de PAME sur la place centrale de Manolada parce qu’ils s’étaient solidarisés avec la grève. Au lendemain de cette attaque, le PAME a organisé dans la région un rassemblement. Quelques jours plus tard il a organisé une mobilisation dans tout le Péloponnèse avec la participation de milliers de travailleurs. Comme alors, les travailleurs doivent donner maintenant leur propre réponse au terrorisme patronal.
Par un communiqué, le Comité du département d’Ilia du PCG condamne l’attaque meurtrière des grands fermiers contre des ouvriers étrangers.
Source : Les Dossiers du BIP
Traduction : Alexandre MOUMBARIS
Correction : Marie José MOUMBARIS