mercredi 1 mai 2013

Entretien avec Julian Assange (Counterpunch) (Le grand soir)


De la bibliothèque de Georges W. Bush au procès de Bradley Manning
Entretien avec Julian Assange (Counterpunch)

   
J’ai eu une opportunité pour interviewer le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, à l’ambassade équatorienne à Londres où l’asile politique lui a été accordé depuis juin 2012. La Suède veut interroger Assange sur des allégations sexuelles, bien qu’il n’ait pas été inculpé. Assange croit que s’il est envoyé en Suède, il sera emprisonné et ensuite envoyé aux Etats-Unis, où une enquête est déjà en cours pour espionnage pour avoir publié des centaines de milliers de câbles diplomatiques classifiés et de mémos militaires sur le site web WikiLeaks. - MB
La nouvelle bibliothèque présidentielle de Georges W. Bush à la Southern Methodist University au Texas a ouvert en grande pompe, en présence du président Obama et des anciens présidents Carter, Bush père et Clinton. Georges Bush a déclaré que la bibliothèque est « un endroit pour exposer des faits ». Quels faits voudriez-vous voir exposés dans cette bibliothèque ?
Un bon début serait d’exposer le nombre de morts causées par l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan. A WikiLeaks nous avons documenté cela en 2004-2009, les Etats-Unis ont des dossiers d’environ 100 000 morts Irakiens dues à la violence qui s’est déchainée suite à cette invasion, environ 80% étaient des civils. Ce sont les morts enregistrées mais il y en a eu beaucoup plus. Et en Afghanistan, les Etats-Unis ont enregistré environ 20 000 morts entre 2004 et 2010. Voilà de bons faits à exposer dans la bibliothèque présidentielle.
Et peut-être que la bibliothèque pourrait documenter la façon dont les gens dans le monde ont protesté contre l’invasion de l’Irak, y compris la mobilisation historique de millions de personnes à travers le monde le 15 février 2003.
De nombreuses personnes ont travaillé dur lors des années Bush pour protester contre la guerre mais l’administration Bush a refusé de les écouter. C’est très démoralisant pour les personnes de penser que leurs efforts ont été vains.
Ils ne devraient pas être démoralisés. Je crois que l’opposition à la guerre en Irak a été très importante et qu’elle a effectivement changé le comportement des forces US lors de l’invasion initiale en Irak. Comparez-la à la Guerre du Golfe en 1991 lorsqu’un nombre massif d’Irakiens, à la fois des soldats et des civils, a été tué. Lors de l’invasion de 2003, il y avait beaucoup plus d’inquiétudes à propos des victimes. Les protestations ont secoué leur cage.
Nous avons sorti un memo qui montrait que si un projet d’opération militaire pouvait tuer plus de 30 personnes, il devait être approuvé par toute la chaîne de commandement. Alors si les protestations n’ont pas arrêté la guerre, elles ont eu un impact sur la façon que la guerre fut initialement conduite et c’est important.
Pendant que Georges Bush est célébré à Dallas, Bradley Manning se languit en prison. Son procès commencera le 2 juin. Bradley a d’ores et déjà plaidé coupable en février sur dix charges, incluant d’avoir posséder des informations classifiées et de les avoir transférées à une personne non autorisée. Ces seuls arguments peuvent lui valoir vingt ans de prison. En plus de cela, le gouvernement a ajouté les accusations d’espionnage qui pourraient le mettre en prison à vie. A votre avis, à quoi ressemblera ce procès ?
Ce sera un procès-spectacle où le gouvernement tentera de prouver qu’en fuitant les documents, Bradley "a aidé et encouragé l’ennemi" ou "a communiqué avec l’ennemi". Le gouvernement y enverra un membre de l’équipe de la Navy Seal qui a tué Ben Laden pour dire qu’il a trouvé certaines des informations fuitées dans la maison de Ben Laden.
Mais il est ridicule d’utiliser cela comme preuve que Bradley Manning « a aidé l’ennemi ». Ben Laden a pu obtenir le matériel du New York Times ! Ben Laden a eu aussi un livre de Bob Woodward et a eu sans aucun des copies d’articles du New York Times.
Le gouvernement ne prétend même pas que Bradley ait passé l’information directement à “l’ennemi” ou qu’il ait eu une quelconque intention de le faire. Mais ils affirment de façon absurde qu’informer simplement le public sur des activités classifiées du gouvernement fait de quelqu’un un traître parce que cela « informe indirectement l’ennemi ».
Avec ce raisonnement, puisque Ben Laden a recommandé aux Américains de lire le livre "La guerre d’Obama" (Obama’s War) de Bob Woodward, Woodward devrait-il être accusé d’avoir communiqué avec l’ennemi ? Le New York Times devrait-il être accusé d’avoir aidé l’ennemi si Ben Laden a possédé une copie du journal qui a publié du matériel de WikiLeaks ?
Que peuvent faire les supporters de Bradley Manning pour l’aider ?
Ils devraient faire pression sur les medias pour dénoncer les accusations d’espionnage. Le Los Angeles Times a publié un bon éditorial mais les autres journaux n’ont pas fait grand chose. Une colonne du Wall Street Journal par Gordon Crovitz a stipulé que Bradley devrait être jugé pour espionnage et que je devrais être également accusé de cela parce que je suis « un ennemi d’Etat autoproclamé ».
Si Manning est accusé d’espionnage, cela criminalisera toute activité d’information sur la sécurité nationale. Toute fuite d’information classifiée à n’importe quel média pourrait être interprétée comme un acte de trahison. Les gens doivent convaincre les médias que c’est clairement dans leur propre intérêt de prendre une position de principe.
De quelles autres manières les gens peuvent-ils aider Bradley Manning ?
Les gens devraient faire pression sur Amnesty International et Human Rights Watch. Ces groupes ont brièvement protesté contre les horribles conditions dans lesquelles Bradley était détenu quand il était à Quantico mais pas le fait qu’il soit accusé de crimes qui pourraient l’envoyer en prison pour le reste de sa vie.
Il est honteux qu’Amnesty International et Human Rights Watch - Amnesty International a son siège social à Londres et Human Rights Watch à New York – aient refusé de qualifier Bradley Manning de prisonnier politique ou de prisonnier de conscience.
Qualifier quelqu’un de prisonnier politique signifie que l’affaire est de nature politique. Il se peut que le prisonnier ait commis un acte politique ou était politiquement motivé ou que l’enquête de police ou le procès étaient politisés.
Chacune de ces qualifications suffit, selon la propre définition d’Amnesty, pour désigner quelqu’un de prisonnier politique. Mais le cas de Bradley Manning remplit tous ces critères. Malgré cela, Amnesty International a déclaré qu’elle ne prendra de décision qu’après le verdict. Ca servira à quoi ?
Quels sont les arguments d’Amnesty pour attendre ?
Leur excuse est qu’ils ne savent pas ce qui pourrait sortir du procès et ils veulent être sûrs que Bradley a libéré les informations de « manière responsable ».
Je trouve leur position grotesque. Bradley Manning est le plus célèbre prisonnier politique des Etats-Unis. Il a été détenu sans procès pendant environ 1000 jours. Même le gouvernement US ne nie pas le caractère politique des actes dont il est accusé.
Human Rights Watch ne fait pas non plus référence à Bradley Manning comme un prisonnier politique. Ces organisations devraient être poussées par le public à changer leur position. Et elles devraient être boycottées si elles persistent à ne pas agir dans leur propre arrière-cour.
Une autre façon pour les personnes de soutenir Bradley Manning est d’assister à son procès à Fort Mead, dans le Maryland, qui commence le 2 juin et de participer au rassemblement le 1er juin. Ils peuvent en apprendre plus en contactant le Bradley Manning Support Network.
Merci de votre temps, Julian.
Medea Benjamin est le co-fondateur de www.codepink.org de www.globalexchange.org et l’auteur de Drone Warfare : Killing by Remote Control.
Elle interviewé Assange le 18 avril 2013. Pour plus d’information sur l’affaire Assange, voir http://justice4assange.com/extraditing-assange.html.
Traduction : Romane.
* http://www.counterpunch.org/2013/04...

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