mercredi 5 novembre 2014

[Exclusif] Philippe Béchade | Les nouveaux bouleversements financiers et technologiques (News360x)

[Exclusif] Philippe Béchade | Les nouveaux bouleversements financiers et technologiques

novembre 4th, 2014 | by Lilian Delfau
[Exclusif] Philippe Béchade | Les nouveaux bouleversements financiers et technologiques
Philippe Béchade est Rédacteur chez les Publications Agora, Chroniqueur chez Cercle finance, Fondateur du Think Tank Les Econoclastes


Une nouvelle « bombe nucléaire » japonaise ?
La Bank Of Japan vient d’annoncer qu’elle allait augmenter de près de 20 trillions de yens ses injections de liquidité, pour un total de 80 trillions de yens nouveaux annuels. Par ailleurs, les rachats des actifs risqués seront dans le même temps triplés. Que pensez vous de ce nouvel assouplissement monétaire?

On se retrouve dans le cas de figure évoqué par Einstein, qui disait que « la folie, c’est de faire toujours la même chose en s’attendant à un résultat différent ».
Si l’on convertit ces chiffres en euros, on passe d’une injection mensuelle de 38 milliards d’euros, à près de 48 milliards. Ce montant hors du commun, même pour une économie de la taille de celle du Japon, n’a pas été déterminé au hasard. En effet, il permet de compenser le déficit du budget de l’État japonais observé chaque mois.
On assiste à la monétisation de 100 % de la dette japonaise..
(NDLR : A ce rythme, la BOJ pourrait ainsi détenir d’ici 2018 la moitié de la dette japonaise, contre 8 % en 2010…)
Ce déluge de liquidités est tout sauf rassurant et vient juste nous rappeler que le Japon n’a toujours pas trouvé de solution pour sortir de la crise dans laquelle il se trouve depuis plus de deux décennies. Cette fuite en avant dans laquelle le gouvernement nippon s’est lancé semble partie pour durer.
Ironiquement, Shinzo Abe me rappelle un de ses prédécesseurs, l’empereur Hiro-Hito qui a décidé d’envoyer deux fois plus de kamikazes sur les navires américains malgré l’échec flagrant en terme de résultats des premières vagues.
Ceci dit, rassurons nous un peu en nous rappelant que pendant que la BOJ se saborde à coup de katana, la BCE fait de même mais à coup d’Opinel.


Vers la fin des faillites financières désordonnées ?
Il y a deux semaines, l’Association Internationale des Swaps et Dérivés, l’ISDA, a annoncé la fin du principe de débouclage automatique des produits dérivés. Cet accord, signé par les principaux géants de la Finance est-il un signal rassurant ou inquiétant pour les épargnants ?

Cette mesure est avant tout destinée à l’attention des professionnels des marchés afin de les protéger des effets dominos dans le cas où, dans cette période actuelle de volatilité intense, l’un d’entre eux ferait faillite.
Il faut bien comprendre que, pour les principaux acteurs financiers, le poids des produits dérivés dans le bilan des banques a atteint un tel point qu’il était devenu obligatoire de supprimer le caractère automatique du débouclage de ces derniers.
Leur poids capitalistique est désormais si stratosphérique qu’il est devenu impensable de voir un des Etats concernés ne serait-ce qu’amorcer une séparation des banques de dépôts et d’investissements dans les années à venir, sans « dévaster » le bilan des banques qu’il abrite en son sein.
Si ce mécanisme n’avait pas été adopté, les réactions en chaîne en cas de crise ou de panique financière auraient été accentuées celles-ci et provoquées la disparition de la majorité des établissements en question. Les produits dérivés et les potentiels dangers et situations qu’ils génèrent ne sont donc ici absolument pas remis en question, pire, ils sont désormais moins risqués et risquent d’en être encouragés.


Un séisme technologique à venir?
Les nouvelles technologies telles que les services de Cloud Computing ou l’impression 3D sont de nouveau sur le devant de la scène après les dernières annonces de Gartner, Hewlett-Packard ou du géant indien Tata. Allons nous assister à une évolution majeure des méthodes d’échange, voire du marché du travail dans les prochaines années ?

Bouleversement des échanges, oui.
Quant à une potentielle amélioration du marché de l’emploi, cela fait plusieurs mois voire plusieurs trimestres que je dénonce les analyses la professant de par les récentes évolutions technologiques. Il faut bien comprendre que les postes spécialisés générés par la création ou l’entretien de ces machines ne sont absolument pas équivalents au nombre de postes détruits dans le même laps de temps.
L’impression 3D, si elle n’est pas hyper réglementée, va permettre, de par le transfert immatériel d’un objet d’un point A à un point B, de supprimer certaines des étapes majeures que sont l’usinage, la vente ou le transport. Pendant ce temps, les équipes de conception des industriels resteront au beau fixe, l’extraction et l’acheminement des nouvelles matières premières se fera au détriment des anciennes etc.
Le cloud computing va considérablement changer les méthodologies de stockage et de partage, ce qui devrait nous amener à nous interroger plus sérieusement sur les aspects entourant le contrôle de nos données personnelles. Il devient par exemple de plus en plus aisé pour les États, policiers ou non, de déceler, analyser puis si besoin supprimer les réseaux d’opposition. Une chose reste certaine, la centralisation qu’il amène (voire le cas Amazon) ne pourra absolument pas conduire à une augmentation d’emplois salariés dans le secteur.
NDLR : Pour ceux qui s’intéressent aux conséquences potentielles d’une démocratisation de la robotique adaptative, c’est ici.

Il est désormais essentiel de réfléchir et penser cette révolution technologique qui semble amener à chaque nouvelle avancée un problème éthique et sociétal.

Entretien avec Philippe Béchade
Lilian Delfau – News360x