La mise en place d’un système financier totalitaire
| 21 novembre, 2014 | Posté par Ender sous Argent et politique |

Le système financier mondial connaît une hypertrophie
des actifs financiers sans précédent. Cette dernière s’évalue à travers
le volume des actifs bancaires détenus par les banques privées ainsi
que par la taille des bilans des banques centrales des principaux
acteurs financiers mondiaux, la FED, la BoJ, et la BCE, principalement.
Les Bilans de la FED et de la BCE ont ainsi explosé
depuis la crise financière de 2008 sous l’effet de leurs politiques
d’émission monétaire à destination du système bancaire. Les facilités de
refinancement concrètement instaurées par des prêts massifs de la part
de la BCE (LTRO) ou des rachats d’obligations par la FED, se sont
traduites par une augmentation de la taille du bilan des banques
centrales par le biais des collatéraux déposés en contrepartie des prêts
au système bancaire pour ce qui concerne la BCE, et par le biais des
obligations souveraines retirées du marché par la FED.
Le bilan de la BCE se montait à moins de 1500
milliards d’euros en 2008 et celui de la FED à environ 900 milliards de
dollars. Il se monte aujourd’hui a plus de 4500 milliards de dollars
pour la FED et à plus de 2000 milliards pour la BCE après un pic
historique à plus de 3000 milliards d’euros en 2012.
Là où le bilan de la FED est donc principalement
constitué de rachats d’obligations du trésor américain (90%), celui de
la BCE est constitué à 60% de créances « pourries » des banques européennes.
On voit ainsi comment les banques centrales ont
contribué au gonflement de la bulle des actifs financiers. Ainsi, le
montant cumulé des actifs bancaires de la zone euro se montait à 33900
milliards en 2012 pour un PIB de 9160 milliards d’euros, soit 370%.
La sphère financière est donc clairement
hypertrophiée par rapport à l’économie réelle. Cette hypertrophie se
traduit par une inflation de différentes bulles d’actifs soutenues par
les politiques d’émission monétaire des banques centrales.
Aux états-Unis le marché action est le principal
bénéficiaire des liquidités et voit son cours s’envoler de sommets en
sommets de manière ininterrompue. Le Dow Jones est ainsi passé de 8000
points en 2010 à plus de 17000 actuellement soit une augmentation de
plus de 100% en 4 ans !
Le Sandard and Poors a lui gagné plus de 80% en 5 ans.
Concrètement, cet afflux de liquidités profite donc
avant tout aux marchés actions et aux actionnaires dont le patrimoine
financier explose. Ces derniers sont également particulièrement gâtés
par les entreprises dont les dividendes suivent la même courbe. En 2014
les 1.200 plus grandes entreprises de la planète ont redistribué 1.190
milliards de dollars à leurs actionnaires et les dividendes mondiaux ont
connu une hausse de 60% depuis 2011. Cette sur-rémunération du capital
se fait évidemment au détriment de l’investissement productif et de
l’économie réelle. Il faut ajouter à la rémunération des actionnaires la
pratique aujourd’hui massive du rachat de leurs propres actions par les
entreprises afin de doper leurs cours de bourse. Les entreprises
américaines consacrent aujourd’hui 30% de leur cash flow au rachat de leurs propres actions. Des multinationales comme Apple se sont même endettées pour rétribuer leurs actionnaires.
Dans le même temps, l’économie mondiale ne montre
aucun signe de reprise. Au contraire, les signaux annonçant une
récession mondiale s’accumulent. Récemment c’est la France qui est entrée en déflation,
l’inflation sous-jacente pour le mois d’octobre étant entrée pour la
première fois depuis les années 30 en territoire négatif. Le mal est
cependant aujourd’hui généralisé à l’ensemble de la zone euro pour
laquelle l’OCDE a établit une prévision de croissance à 1,1% pour 2015,
si la situation actuelle ne se dégradait pas davantage, ce qui semble
pour le moins optimiste. La France affichera une croissance quasi nulle de 0,4% en 2014
selon l’INSEE et l’hypothèse de 1% retenue par le gouvernement parait
dors et déjà irréaliste. A cela il faut ajouter la situation dramatique
de la troisième économie de la zone, l’Italie, qui est à nouveau entrée
en récession (si jamais elle en était sortie…), et ce malgré les
nouvelle normes comptables qui intègrent aujourd’hui la prostitution et
le trafic de drogue dans le calcul du PIB ! La situation de nos voisins
transalpins est dramatique puisque malgré ces artifices comptables, le
pays va connaître une troisième année consécutive de récession après
1,9% de recul du PIB en 2013 et 2,3% en 2012. La situation budgétaire du
pays va donc inexorablement se dégrader et le conduire dans une voie
sans issue sur le modèle grec. La dette publique atteignait en effet
136% du PIB au premier trimestre 2014 soit près de 2200 milliards
d’euros. Dans un contexte de récession et de recul du PIB, la charge de
la dette va donc peser mécaniquement davantage sur les finances
publiques jusqu’à la rendre insoutenable, selon un cercle vicieux déjà
expérimenté par la Grèce.
Le problème que va poser l’Italie à la zone euro
et aux instances de Bruxelles sera toutefois d’une toute autre ampleur
que celui posé par la Grèce et pourrait bien signer l’arrêt de mort de
la monnaie unique comme celui du système financier européen…
Au Japon, la politique d’impression monétaire du
premier ministre japonais Shinzo Abe, sur le modèle de la FED, a
complètement échouée. Le déversement de liquidités dans le secteur
bancaire n’a jamais permis de relancer l’économie du pays ni de créer la
moindre inflation, les deux objectifs de la banque centrale japonaise
destinés à réduire le poids de la dette publique qui s’élève aujourd’hui
à 250% du PIB. L’économie japonaise s’est ainsi contractée de 1,6% en 2014 en rythme annualisé.
Au niveau mondial, le FMI a revu ses prévisions de
croissance à la baisse pour 2014 avec un taux de croissance mondial de
3,3%, essentiellement tiré par les pays émergents d’Asie et la Chine,
qui affichent des taux supérieurs à 6%. La situation des états-unis
n’est pas particulièrement brillante puisqu’ils devraient afficher 1,8%
de croissance du PIB en 2014, croissance largement financée par un
déficit public pharaonique et les rachats d’obligations souveraines de
la FED.
Les perspectives économiques mondiales sont donc
particulièrement mauvaises puisqu’il n’y a plus qu’un moteur de
croissance situé en Asie et que les autres grandes zones économiques
sont en récession ou en stagnation. Malgré cela, les marchés actions et
la rémunération du capital s’envolent, la sphère financière continue de
prospérer. Il s’agit d’une anomalie économique majeure basée sur
l’impression monétaire des grandes banques centrales et l’inflation des
actifs financiers.
La sphère financière se trouve ainsi totalement
déconnectée de l’économie réelle qu’elle a dans le même temps
entièrement mise à son service, comme le montrent les rachats massifs
d’action par les entreprises ou l’envolée des dividendes. La divergence
entre la sphère économique et financière et l’augmentation pharaonique
du coût du capital constituent ainsi une relation de prédation
destructrice.
De nombreux analystes prédisent ainsi l’éclatement imminent de la bulle boursière et financière,
ce qui semble tout à fait logique. Cependant, un autre scénario se fait
jour : la confiscation et la répression financière généralisée au
profit du système financier.
Il s’agit d’empêcher toute sortie du système financier, ce qui revient à construire des mécanismes contraignants de type totalitaires
Au niveau des épargnants cela se traduit par la mise à
contribution des déposants en cas de faillite bancaire et la
rémunération négative de l’épargne afin de ramener le cash vers le
système spéculatif.
Un accord européen de résolution des crises bancaires
a été mis en place par la commission européenne et devrait entrer en
vigueur en 2018. Cet accord généralise le mécanisme de « mise à
contribution » des déposants utilisé dans le cas de la faillite bancaire
à Chypre et qui avait vu les dépôts supérieurs à 100 000 euros
ponctionnés à auteur de 30 %. Il s’agit ni plus ni moins que d’un racket
légal des comptes des épargnants. Cependant, penser que seuls les
dépôts de plus de 100 000 euros seront mis à contribution en cas de
faillite d’une banque systémique est une erreur, comme l’a montré
l’expérience chypriote où une première version de l’accord prévoyait la
taxation des dépôts bancaires inférieurs à 100 000 euros à hauteur de
6,75 %.
Au niveau de la zone euro, la masse monétaire M1 pouvant potentiellement être mise à contribution se montait à 5647 milliards d’euros en octobre 2014. Cette montagne de cash attire la convoitise des banques et du système financier.
Autre élément d’importance, le détournement de
l’épargne et du cash vers le système financier par le biais de
rendements négatifs. L’expérience de taux négatifs a été inauguré par la
BCE il y a quelques mois pour les dépôts bancaires qui sont dorénavant
soumis à un taux négatif de -0,20 % . Si ce mécanisme ne s’applique
qu’aux institutions bancaires déposant leur cash en loyer auprès de la
banque centrale, il semble que la politique de taux bas et le contexte
déflationniste poussent le secteur privé à vouloir généraliser cette
pratique et à faire supporter la politique de la BCE aux épargnants.
La banque allemande Commerzbank va ainsi instaurer des taux d’intérêts négatifs
sur les comptes jugés en « excès de liquidité ». Cette mesure est une
conséquence directe des loyers demandés par la BCE aux banques afin de
garder leur argent en dépôt. Pour l’instant, seuls les avoirs supérieurs
à 100 000 euros seraient concernés, cependant, là aussi, il ne s’agit
que d’un début. Les banques américaines comme Goldman Sachs et JP
Morgan, la britannique HSBC ou encore le Crédit Suisse, ont elles aussi
adoptées de telles mesures pour les comptes tenus en euros. D’autres
banques allemandes et européennes pourraient vraisemblablement adopter
de telles mesures prochainement. Cette taxation déguisée du cash devrait
logiquement aboutir à une ré-allocation de la masse monétaire M1 vers
la sphère financière et les marchés actions. La seule question à ce
stade serait de savoir s’il s’agit d’une stratégie consciente de la BCE
afin de réorienter le cash au profit de la sphère financière ou d’une
simple conséquence inattendue mais somme toute logique de politiques
monétaires conçues pour sauvegarder un système financier profondément
malsain et malfaisant mais ne présentant pas d’alternative ?
C’est dans cette optique qu’il faut lire la récente mesure de plafonnement des paiements en liquide à 300 euros qui s’applique en France depuis le 1er
septembre 2014 alors que 93 % des transactions s’effectuent déjà par
voie électronique. Officiellement, il s’agit de « lutter contre le
blanchiment d’argent », mais cette mesure s’inscrit en réalité dans une
guerre au cash de la part du système financier qui tente de s’assurer
une emprise totalitaire sur la sphère économique en condamnant les modes
de transaction alternatifs et les échappatoires potentiels.
Détruire la valeur de réserve de l’or
Il existe une action coordonnée aussi bien des
banques centrales que des grandes institutions privées afin de manipuler
les cours de l’or par rapport au dollar. L’objectif est d’empêcher que
le métal jaune ne puisse s’affirmer comme réserve monétaire ou réserve
de valeur de substitution au dollar US et aux marchés financiers.
La Russie et la Chine, qui tentent actuellement de
faire émerger des institutions financières parallèles au FMI et à la
Banque Mondiale avec la Banque de développement des BRICS ou encore la Banque Asiatique d’Investissement pour l’Infrastructure dans le cadre de l’APEC,
sont actuellement les deux plus gros acheteurs d’or. Le but de la Chine
est de pouvoir adosser à terme le Yuan à l’or et d’en faire une monnaie
de réserve mondiale. La banque centrale russe poursuit une stratégie
similaire en achetant massivement
de l’or pour y adosser le rouble. Les deux pays sont engagés très en
avant dans la dédollarisation de leurs économies. La Chine multiplie les
accords d’échanges bi-latéraux en devise nationale avec les grandes
économies mondiales, la Russie, sous la pression des sanctions
occidentales qui ont débouché sur la déconnexion de son système
financier du réseau bancaire international, s’est lancée dans la
création d’une alternative au système de connexion financier Swift
qui lui permettra d’être totalement indépendante des structures
financières occidentales. Ce nouveau réseau de transaction financière
permettra à la zone eurasienne de développer son indépendance technique
par rapport à l’architecture financière mondiale.
Le gouvernement américain, par l’intermédiaire du
trésor, intervient de manière occulte sur le marché de l’or comme le
font également les banques, ainsi que l’a révélé le scandale du Libor
qui a également suscité des soupçons importants sur la manipulation des
cours de l’or par les banques chargées du fixing à la bourse de Londres.
Le mécanisme de fixation du prix de l’or, qui dépendait des cotations
effectuées par conférence téléphonique privée chaque matin entre quatre
banques, Barclays, HSBC, Scotiabank et Société Générale, a depuis été réformé afin d’apporter plus de transparence et éviter les manipulations des cours.
Les manipulations des cours de l’or à la baisse, qui
profitent néanmoins pour l’essentiel à la Chine et à la Russie, ont
comme objectif d’empêcher le métal jaune de se positionner en concurrent
du dollar dans les réserves de change mondiales mais aussi comme
monnaie alternative dans les échanges commerciaux.
Selon Chris Powell, le secrétaire du Gold Anti-Trust
Committee, la manipulation des cours de l’or a également pour but
d’empêcher une dépréciation des obligations souveraines et du dollar,
fortement corrélés à la valeur de l’or comme monnaie de réserve. Selon
lui :
« L’or est, potentiellement, la monnaie du peuple. Les banques centrales, les gouvernements ne veulent pas cela. Les banques centrales et les gouvernements veulent être en mesure de contrôler tous les prix dans l’économie. »
La manipulation des cours ne s’arrêterait pas aux
seuls métaux précieux mais concernerait également toutes les matières
premières stratégiques :
« les banques centrales opèrent secrètement sur tous les marchés à termes importants. Cela équivaut à dire qu’il n’y a plus de marchés, mais uniquement des interventions des banques centrales pour manipuler le prix de chaque instrument financier, de chaque matière première… »
Un dernier élément d’importance concernant la
manipulation des cours de l’or, relevé par Chris Powel, est que les
stocks sont probablement bien inférieurs aux quantités déclarées,
particulièrement en ce qui concerne les états-unis, la manipulation a
été lancée en 1971 par Richard Nixon lorsqu’il a mis fin de manière
unilatérale à la convertibilité du dollar et est passé à un système
d’or-papier titrisé qui permet l’impression monétaire :
« L’or est beaucoup plus limité que les devises des gouvernements. Les gouvernements ont trouvé un moyen de détruire cette finitude de l’or en émettant des certificats d’or, des prêts d’or, des swaps… ils ont créé une quantité presque infinie d’or-papier dans le but de détruire l’or dans sa forme finie, limitée, de monnaie.Les gens pensent qu’il y a probablement cent fois plus d’or que ce qu’il y a en réalité, car les banques centrales ont soutenu ce système d’or-papier. »
La réalité c’est que les caisses de Fort Knox sont
vides et que l’or papier est basé sur du vent. L’Allemagne en a fait
l’amère expérience lorsqu’elle a demandé à rapatrier son or sur son
territoire national. L’Allemagne disposait d’un stock d’or théorique de
3996 tonnes d’or (je dis bien disposait…) dont 1500 tonnes, soit environ
70 milliards de dollars, étaient censées être stockées à la FED aux
états-unis. Mais lorsque le pays a émit une demande pour le rapatriement
de son or début 2013 il s’est tout simplement vu opposer un refus de la
part de la FED qui n’a accepté de restituer que 300 tonnes d’ici 2020…
Face aux pressions américaines l’Allemagne a finalement renoncé au
rapatriement du reste de ses réserves en juin 2014.
Les citoyens Suisses s’apprêtent vraisemblablement à faire la même amère découverte si la votation intitulée « sauvez l’or de la Suisse »,
et qui prévoit entre autres le rapatriement des stocks détenus à
l’étranger, l’emporte lors du référendum du 30 Novembre. Il n’est donc
pas surprenant que le gouvernement mais aussi la Banque Nationale Suisse
soient les plus farouches opposants à cette initiative qu’ils
qualifient de « populisme ». L’initiative prévoit également un
pourcentage de 20% d’actifs détenus sous forme d’or par la BNS, ce qui
paraît une mesure de bon sens dans le contexte de guerre monétaire
actuel et d’impression sans précédent de la part de la FED ou de la
Banque of Japan. La Chine et la Russie ont du reste adopté la même
stratégie…
Pourquoi les gouvernements et les banques
centrales s’opposent-elles donc si farouchement à l’or ? Tout simplement
parce qu’il constitue une alternative au système financier basé sur la
dette, la création monétaire et l’inflation des actifs et que ce dernier
ne peut maintenir son système de Ponzi mondial en place qu’en l’absence
d’alternative, il s’agit ni plus ni moins que de la mise en place d’un
système financier de type totalitaire, ce que résume parfaitement Chris
Powel :
« L’industrie bancaire a carte blanche pour créer de la monnaie à l’infini, du crédit à l’infini, des instruments financiers à l’infini pour arnaquer les gens et leur soutirer leurs économies…L’or est le baromètre du système dans son ensemble. Il est la mesure de toutes les devises, des bons du Trésor et de la solvabilité des gouvernements, c’est vraiment la raison pour laquelle il doit être manipulé. C’est un garant de la liberté… c’est une monnaie vers laquelle les gens devraient pouvoir se tourner s’ils ne font pas confiance aux autres devises. Le but des banques centrales occidentales et des Trésors occidentaux, et ce depuis longtemps, est d’enlever cette option aux populations, afin de les garder prisonniers du système monétaire du gouvernement. »
Ender pour les moutons enragés