m6r : compte-rendu à chaud de la réunion du comité d’initiative (Vigilance citoyenne)
Nous suivons de près les premiers pas du mouvement m6r lancé par Jean-Luc Mélenchon. Nous relayons ici l’intégralité de l’article de Pascale Fautrier, publié initialement sur son blog Medipart « Vigilance citoyenne »
(vous pouvez participer au débat sous l’article original ; les
internautes ont déjà laissé plus de 100 commentaires en moins de 48
heures). Nous avons laissé le texte quel volontairement (y compris les
petites fautes de frappe), afin de ne pas altérer l’intégrité de ce
témoignage très intéressant. Pour plus de lisibilité, nous avons
simplement mis les noms de famille en gras, rajouté une photo de
l’auteur de l’article, ainsi que des liens pour les sites internet
mentionnés.
Raphaël Berland
Comme
je m’y suis engagée auprès de plusieurs, voici mon compte-rendu
(subjectif) de la réunion du comité d’initiative m6r (composé des
premiers signataires de l’Appel du Mouvement pour une VIème République),
et dont l’objet était les prochaines étapes de développement : mise en
place d’une plate-forme participative sur le modèle Podemos, et auto-organisation du mouvement. Cette réunion s’est tenue entre 18h30 et 21h30 à la Maison de l’Amérique latine à Paris.
Donc je suis arrivée en retard (le quart d’heure
universitaire, comme on dit). J’avais amené mon ordinateur pour lire les
messages confiés par deux-trois personnes (notamment Nicolas Guillabert et Gérard Blanchet).
Je m’en suis servi pour prendre des notes. L’équipe animatrice du site
animait la réunion et la pilotait : très jeunes gens charmants, jeunes
femmes, jeunes hommes, très articulés. Parmi eux quelques militants du
PG aguerris. On me donne, comme à chacun des présents (une trentaine de
personnes? 40?), une double page avec 15 noms + photos + activité
sociale, ceux des membres de cette petite équipe bénévole, surchargée de
travail, remontée à bloc, nuits blanches et excitation, et en
conséquence, pleine d’un sentiment de légitimité : « nous, nous bossons,
sans être payés, nous faisons de notre mieux, donc nous sommes
inattaquables ».
1. Donc plaidoyer pro domo de l’équipe, destinée à
désamorcer les critiques, notamment celles formulées sur la page
Facebook m6r ces derniers jours. Compte-rendu des actions menées et en
cours et propositions pour améliorer le fonctionnement. Il va de soi que
pour cette jeune équipe enthousiaste, m6r est une affaire de « site ».
On m’excusera de ne pas avoir noté tous les chiffres : on pourra les
lire dans le compte-rendu officiel de la réunion, qui sera publié
prochainement sur le site et la page facebook.
2. Mur citoyen : une synthèse des propositions des
internautes sera communiquée par la même voie, je n’en ai pas noté le
détail. En résumé les points qui ont surtout fait débat : a. le tirage
au sort pour élire la constituante ; b. la constitution : président ou
pas, premier ministre ou pas, combien de chambres etc. ; c. débat sur le
salariat sa remise en cause ou non ; d. le fonctionnement (sic) du m6r :
les signataires semblent parfois attendre des réponses plutôt que de
faire des propositions, et critiques concernant notamment le fait que
certaines déclarations de premiers signataires ont été mises en avant,
tandis d’autres sont restées peu visibles ; e. défiance exprimée à
l’égard des hommes politiques et des partis.
3. Manif en ligne : 18 000 « fans » + 100 000 vus ;
2800 participants ; twitter : 1 sur 14 qui a vu ; je note le vocabulaire
utilisé par la petite équipe « la communauté qui s’est engagée sur
twitter »… 18 000 personnes engagées ont participé ; la barre des 65000
signataires a été dépassée le 12.11.
4. Objectifs que se donne la petite équipe (sont-ils à
discuter ? il ne semble pas) : 1. 100 000 signataires ; 2. être
présents à chaque évènement sur les résaux sociux ; 3. lancement de la
plateforme citoyenne.
5. Plateforme citoyenne : proposition de ce nom
plutôt que « réseau social » ; chaque discussion entre signataires devra
y être accessible à tous, et possiblement likée : (système podemos) les
messages plébiscités montent dans le track, les autres descendent ; pas
de médiation éditoriale sauf charte type Médiapart, mais JL Mélenchon
intervient plus tard pour dire la nécessité selon lui d’une médiation
politique (à cause du risque de noyautage politique, par
l’extrême-droite notamment) ; question à trancher : doit-on limiter aux
seuls signataires ces forums ouverts de la plate-forme citoyenne ; autre
proposition : faire des conférences de presse (Podemos encore) : une
personne est interrogée par d’autres ; enfin, la plateforme servira
aussi de fil d’informations : propositions de réunions de comités locaux
ou assemblées citoyennes locales. Conclusion : pour faire fonctionner
tout ça, il faut un serveur : et ça coûte des sous.
6. Proposition en conséquence d’un financement
participatif : pour financer les activités du m6r ; chacun poura
proposer en ligne des projets, par exemple de réunions publiques
d’assemblées citoyennes, ou d’affiches, ou de tracts, u d’autres
évènements : puis les projets seront likés par les autres signataires,
financés dans la transparence par les signataires eux-mêmes, qui feront
leur choix de soutenir tel ou tel projet : la visibilité des accords de
financement et des soutiens financiers sera totale (//Podemos encore) ;
transparence des comptes bancaires en ligne. Pour commencer :
proposition est faite par l’équipe d’une campagne de dons pour financer
le serveur.
7. J.P. fait un point presse : dans
la presse, m6r reste incarné par JL Mélenchon et confondu avec lui,
explique-t-elle ; mais l’idée de la VIème rép fait son chemin et
s’impose dans le champ médiatique : récente dépeche AFP sur la VIème ;
questions aux politiques de plus en plus nombreuses sur la VIème ; un
dossier sur le sujet dans Le Monde en septembre, dans Le Point cette
semaine (articles dans L’Humanité) ; un article du JDD spécifiquement
sur le m6r. JP a besoin d’aide pour la veille presse, fait appel aux
bonnes volontés.
8. Deux interventions ensuite : un jeune homme (pas
su qui) : sur le danger qu’une minorité hyperactive s’empare du débat ;
le danger aussi de l’anonymat et des pseudos : doit-on les interdire ?
Judith Bernard intervient sur la
fronde qui a eu lieu sur la page fcbk : les signataires s’étonnant de
l’existence d’un comité d’initiative coopté, survisible (notamment les
déclarations des signataires de l’Appel) ; cela a suscité une méfiance
injustifiée, estime-t-elle, et une énorme impatience. « De râleurs
devenez bosseurs », répond un des intervenants les plus loquaces
(sourire: un militant aguerri) de la petite équipe technique : la
plateforme citoyenne doit précisément permettre de résoudre ces
problèmes d’inégalité dans la visibilité – visibilité « modérée » par
les signataires internautes eux-mêmes (voir au-dessus).
9. Mon intervention à la suite de Judith Bernard je
lis les propositions de Gérard Blanchet (comités citoyens à la base ;
réunion nationale d’une assemblée citoyenne représentative le 15 mai
2015), de Nicolas Guillabert (e-constituante), d’autres internautes (Simone Haim sur Mediapart), des initiatives locales notamment du Maire de La Verrière, Alain Hajjaj.
Je dis qu’il faut intégrer les gens qui s’occupent déjà de sites ou
d’autres lieux de discussion sur la nouvelle constitution (notamment
André Bellon : association Pour une constituante).
Je dis les réticences suscitées et l’énorme méfiance parmi les
signataires et les intéressés à l’égard des politiques, notamment les
soupçons à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon et du PG, de chercher à
constituer la base politique d’une future candidature à la
présidentielle de 2017 d sus-nommé. Je dis que la réponse à cela est
comme le suggère Gérard Blanchet, de constituer rapidement à la base des
comités citoyens ; j’ajoute qu’il faut rapidement une structuration
fédérative : comités citoyens localement, assemblée citoyenne
départementale, et une réunion au niveau national, même si la date du
1er mai 2015 me semble problèmatique, à cause des défilés syndicaux
traditionnels du Premier mai qu’il ne faut pas concurrencer.
10. La petite équipe est sur la défensive : on n’a
pas répondu à tout le monde parce qu’on n’a pas eu le temps ; on n’est
pas assez nombreux ; on ne peut répondre à tout le monde tout de suite,
on n’y arrive pas, mais ça n’est pas parce qu’on ne veut pas.Je leur dis
et leur redis à nouveau ici qu’il ne s’agit pas de mettre en cause leur
bonne volonté, leur travail, leur sincérité dans l’action.
11. Réponse également sur la défensive de JL
Mélenchon qui fait comme si je l’attaquais sur ses intentions (ce qui
n’est pas le cas : ses ambitions personnelles m’importent peu ; seule
m’importe la possibilité offerte au plus grand nombre de se saisir de
son destin politique en préparant le passage pacifique à une nouvelle
République, démocratique et sociale ; tant que jean-Luc Mélenchon agit
dans ce sens, je ne vois pas ce qu’on peut lui reprocher). Personne ne
sait, explique Jean-Luc Mélenchon, comment faire pour inventer ce
nouveau mouvement, cette nouvelle forme de la politique, et du coup « on
fait des erreurs », par exemple peut-être, ce comité d’initiative
constituée à partir d’un appel de personnalités : c’est de la politique
« à l’ancienne », la manière habituelle, mais on n’a pas su inventer
mieux. On se corrige et on invente en marchant ; qu’il faut précisément
pour cela mettre en place l’auto-organisation du mouvement. Il faut des
gens qui y réfléchissent de manière suivie, qui se consacrent à cette
mise en place, qui fasse des propositions concrètes et argumentées
soumises aux autres signataires. Tout le monde pourra s’exprimer,
insiste Mélenchon, individuellement mais aussi à titre collectif
(comités, associations) : il faut encourager l’expression collective ;
on accueillera « tout le monde ».
12. Laurent Grisel intervient pour
dire entre autres la nécessité de dialoguer avec Paul Jorion, ainsi
qu’avec le comité pour l’audit citoyen de la dette, entre autres, et qu’
il existe d’autres structures qui ont entamé un travail de fond sur
lequel il faut s’appuyer.
13. Un membre de l’équipe (celui qui appartient au
PG) fait deux propositions : 1. géolocalisation des signataires et
cercles citoyens : carte de France des signataires à publier sur la
plateforme ; 2. organisation d’un concert à Paris au printemps.
14. Eric Coquerel intervient pour
défendre la présence des partis politiques (socialistes affligés,
Nouvelle Donne, des membres du PC dans la salle, d’Ensemble, et bien sûr
le PG dont il est le principal animateur depuis cet été) : nous sommes
là pour dépasser les partis politiques, inventer de nouvelles formes
politiques, nous sommes tous d’accord là-dessus, assure-t-il ; nous
(sous-entendu le PG), « nous sommes persuadés que nous devons être, non
effacés, mais dépassés » ;
15. Nouvelle intervention de Jean-Luc Mélenchon ; se
déclare en accord avec moi sur l' »idée fédérative du mouvement » ; et
que oui, ça se passe déjà ; peu importe 2017 et le candidat à la
présidentielle, ce qui importe, c’est que ce candidat « s’engage à faire
élire une constituante » ; le but : la « révolution citoyenne » ; il
faut une base populaire (critique de Chavez : pas
suffisamment de base populaire). On nous disait qu’il fallait des idées
communes pour réunir l’opposition de gauche au gouvernement Hollande-Valls
: « moi j’ai proposé cette idée commune : faire sauter le régime de la
Vème », tout le monde à gauche est d’accord là-dessus, l’idée fait son
chemin. Certes ici, dans cette réunion, « nous n’avons aucune légitimité
démocratique, je préférerais être élu ; nous avons commencé à 50 parce
qu’il fallait bien commencer par ceux qui répondaient présents ». « Le
problème maintenant n’est pas d’être démocratique, c’est d’être
collectif » [ça je n’ai pas compris du tout : obscur]. JL Mélenchon dit
son refus catégorique que le fichier des 60 000 signataires soit donné à
qui que ce soit (en plus c’est interdit, dit quelqu’un ; ça n’empêchera
personne de faire des anonces de réunion locale sur la plateforme
citoyenne). L’organisation actuelle, équipe technique de volontaires
animant la page Facebook et le site + comité d’initiative constitué des
premiers signataires, a fonction à être dépassée, explique JL Mélenchon.
Et il propose donc de constituer immédiatement 3 comités de volontaires
auxquels s’inscriront les présents à la réunion : 1. comité
« démocratique » : qui réfléchit sur l’auto-organisation du mouvement ;
2. comité technique : mise en place du serveur/plateforme
citoyenne/financement participatif ; 3. comité d’animation politique,
incluant des responsables politiques.
Il ressort de l’intervention de Jean-Luc Mélenchon et
de la discussion que pourront s’intégrer à ces comités des signataires
extérieurs à la réunion qui ont des propositions à faire dans l’un ou
l’autre domaine, ainsi que des collectifs. Que chacune des personnes
présentes pourra s’inscrire dans un comité de son choix. Et qu’elle sera
automatiquement acceptée.
16. Conclusion : je n’ai pas rendu compte ici de
toutes les interventions, qu’on m’en excuse (encore une fois : un
compte-rendu collectif officiel de cette réunion sera publié sur le site
m6r, et celui-ci n’engage que moi)
Mon analyse : 1. je ne comprends pas l’articulation
entre les comités 1 et 3 : « auto-organisation » et « animation
politique » ; ma crainte : que tout soit décidé par le 3, et qu’on
retombe sur les problèmes du FDG : affrontement de lignes entre
personnes affiliées aux différents partis ; 2. En ce qui me concerne, je
ne me vois pas ferrailler avec des dirigeants politiques chevronnés (ni
avec des militants du PG, ni avec de très susceptibles et légitimement
fatigués membres du comité technique jaloux de leurs comptences
techniques, et qui ont le sentiment d’être plus légitimes que les autres
« parce qu’ils bossent ». Que je m’inscrive dans le comité 1 ou dans le
3, j’ai peur d’être : soit marginalisée (dans le premier cas : comité
1, ce comité sera-t-il réllement décisonnaire? ; je crains que tout se
décide en 3 ; soit d’être écrasée par les politiques (si j’appartiens au
comité 3).
17 : Que faire, continuer à participer ou arrêter??
Je ne me considère pas comme une « militante aguerrie » (« nous sommes
tous ici, a dit quelqu’un au cours de cette réunion, des militants
politiques aguerris ») ; en ce qui me concerne, je n’ai milité que
quatre ans dans ma vie (il est vrai très intensément, voir mon livre).
J’ai passé le reste de mon existence à collectionner des diplômes, lire
des livres, à écrire des articles universitaires (plus d’une vingtaine
publiés), à publier cinq livres, à écrire et co-réaliser deux films, à
enseigner, à écrire des billets comme celui-ci sur mon blog Mediapart,
depuis 2010, et la vie. C’est tout. Ma seule raison d’être dans le
comité d’initiative : avoir fait partie des premiers signataires au
titre d’auteure des Rouges (ceci n’étant pas sur le fond, sans rapport
avec cela, il est vrai). Mais je conçois plutôt mon rôle, que j’inaugure
avec ce billet, comme celui d’une observatrice libre et critique, qui
entend bien poursuivre deux objectifs : exercer une vigilance quant au
fonctionnement démocratique (je maintiens le mot, cher Jean-Luc
Mélenchon), et transparent de ce mouvement, le prouver en pratiquant la
transparence (je suis en train de le faire avec ce billet), travailler à
ce qu’une structuration se fasse PAR LA BASE : assemblées citoyennes
locales et représentation départementale (vive les départements
révolutionnaires, sourire). Me laissera-t-on exercer ce rôle ? Le seul
que je me sente capable de jouer : observer et écrire. Avec toutes mes
excuses à mes lecteurs pour ce texte rédigé trop tard dans la nuit, et
malade : laryngite. La transparence, c’est aussi laisser voir le filtre
subjectif, trop humain. En cela, je reste moi-même : non pas fondue dans
un « collectif », mais garante de la seule preuve d’expression
démocratique qui vaille : la possibilité que puisse se faire entendre de
la singularité non récupérable, unique source de liberté. Si je peux
continuer à ces conditions à participer, ce sera une formidable aventure
– d’écriture aussi. On va vite le savoir.
Auteur : Pascale FautrierSource : Vigilance citoyenne